Je regrette d’être mère : briser le tabou et trouver de l’aide

Le regret maternel demeure l’un des sujets les plus difficiles à aborder dans notre société contemporaine. Alors que la maternité est souvent présentée comme l’accomplissement ultime de la vie d’une femme, certaines mères vivent une réalité bien différente, marquée par un sentiment de regret profond qui les isole et les culpabilise. Cette souffrance silencieuse touche pourtant plus de femmes qu’on ne l’imagine, et commence seulement à être reconnue comme une réalité légitime nécessitant accompagnement et compréhension. Loin de refléter un manque d’amour pour leurs enfants, ce regret interroge notre vision sociale de la maternité et ses injonctions parfois écrasantes.

Regret maternel : comprendre le phénomène du regretting motherhood

Définition clinique du regret parental selon orna donath

La sociologue israélienne Orna Donath a marqué un tournant décisif en 2015 avec son étude pionnière sur le regretting motherhood. Ses recherches définissent le regret maternel comme un sentiment complexe où les mères, tout en aimant leurs enfants, affirment que si c’était à refaire, elles ne deviendraient pas mères. Cette définition distingue clairement le regret du rôle maternel du rejet de l’enfant lui-même, une nuance fondamentale souvent mal comprise.

Les travaux d’Orna Donath révèlent que ces femmes ne regrettent pas d’être la mère de leur enfant spécifique, mais bien d’avoir endossé cette fonction dans leur vie. Elles décrivent un monde de stress, d’oppression et de frustration, une réalité qui contraste fortement avec les représentations idéalisées de la maternité véhiculées dans notre culture. Cette distinction permet de légitimer leur souffrance sans remettre en question l’amour maternel qu’elles portent à leurs enfants.

Distinction entre dépression post-partum et regret maternel chronique

Il est essentiel de différencier la dépression post-partum du regret maternel, bien que ces deux réalités puissent parfois coexister. La dépression post-partum est une pathologie médicale reconnue, généralement temporaire, qui se manifeste par des symptômes dépressifs dans les semaines ou mois suivant l’accouchement. Elle nécessite une prise en charge médicale et peut être traitée efficacement avec un accompagnement adapté.

Le regret maternel, en revanche, n’est pas considéré comme une maladie mais plutôt comme un mal-être persistant qui peut perdurer des années, voire toute une vie. Contrairement à la dépression post-partum qui peut être soignée, le regret maternel s’apparente davantage à un sentiment existentiel qu’on apprend progressivement à apprivoiser. Certaines femmes témoignent d’un regret qui s’estompe avec le temps, tandis que d’autres continuent de le ressentir même lorsque leurs enfants sont devenus adultes.

Prévalence statistique du regret maternel en france et en europe

Les données statistiques sur le regret maternel restent encore limitées, mais les études existantes révèlent une prévalence significative. Une enquête menée par YouGov en 2022 auprès de couples dans cinq pays européens (France, Grande-Bretagne, Espagne, Italie et Allemagne) montre que 10 à 15% des parents interrogés regrettent d’avoir eu un enfant. En Belgique

et en Pologne, les travaux du psychologue Konrad Piotrowski font état d’environ 13% de parents de moins de 40 ans déclarant qu’ils n’auraient pas d’enfant si c’était à refaire. Des études menées aux États-Unis et en Allemagne évoquent, elles, des taux situés entre 7 et 8% de parents concernés par le regret parental. Si ces chiffres varient selon les contextes culturels, ils convergent vers un constat commun : le regret d’être mère (ou parent) n’est pas anecdotique, même s’il reste rarement exprimé à visage découvert. En France, en l’absence de grande enquête nationale spécifique, ce sont surtout des études qualitatives, des associations spécialisées et des collectifs de mères qui alertent sur l’ampleur d’un phénomène encore sous-estimé.

Facteurs déclencheurs psychosociaux du sentiment de regret

Le regret maternel ne surgit pas dans le vide. Il se construit souvent à l’intersection de facteurs individuels (histoire personnelle, fragilités psychiques, traumatismes d’enfance) et de facteurs sociaux (pression à la maternité, isolement, précarité, manque de soutien). De nombreuses femmes expliquent, a posteriori, n’avoir jamais réellement questionné leur désir d’enfant : la grossesse s’est imposée comme une évidence, presque comme une étape obligatoire d’une « vie réussie ». Dans ce contexte, la confrontation entre la maternité rêvée et la maternité réelle peut être violente.

Les ruptures de couple, les violences conjugales, l’absence de relais familiaux, la précarité financière ou encore les difficultés professionnelles aggravent ce choc et nourrissent le sentiment d’avoir « tout misé » sur la maternité au détriment de soi. À cela s’ajoutent la charge mentale, la responsabilité constante, l’épuisement physique et émotionnel, qui peuvent faire l’effet d’un carcan. Quand s’empilent blessures anciennes, fatigue chronique et injonctions sociales irréalistes, certaines mères en viennent à penser que leur vie aurait été plus vivable sans enfant, sans pour autant remettre en cause l’amour qu’elles leur portent.

Manifestations psychologiques et symptomatologie du regret maternel

Ambivalence affective et dissonance cognitive maternelle

Le cœur du regret maternel repose souvent sur une profonde ambivalence : aimer intensément son enfant tout en souhaitant, en secret, ne jamais être devenue mère. Cette coexistence de sentiments contradictoires crée une forme de dissonance cognitive, c’est-à-dire un conflit interne entre ce que l’on ressent, ce que l’on croit devoir ressentir et ce que la société attend d’une « bonne mère ». Vous vous surprenez à penser « je l’aime » et « je n’aurais jamais dû avoir d’enfant » dans la même journée ? Cette ambivalence, loin d’être une preuve de monstruosité, est l’un des marqueurs fréquents du regret maternel.

Pour beaucoup de femmes, cette dualité se manifeste par des oscillations émotionnelles rapides : tendresse et complicité alternent avec irritabilité, rejet momentané ou désir de fuite. Comme si deux voix intérieures dialoguaient en permanence : la mère qui fait de son mieux, et la femme qui se sent sacrifiée. Ne plus se reconnaître, avoir l’impression d’avoir perdu la personne que l’on était avant la maternité, fait partie de ces vécus ambivalents qui alimentent la souffrance.

Ruminations intrusives et pensées contre-parentales

Une autre manifestation fréquente du regret d’être mère réside dans les ruminations et pensées intrusives. Il peut s’agir de pensées telles que « ma vie était mieux avant », « si je pouvais revenir en arrière », ou encore « je ne suis pas faite pour être mère ». Ces pensées, parfois répétitives et envahissantes, créent un bruit de fond mental épuisant. Certaines mères parlent aussi de fantasmes d’évasion (partir, disparaître, revenir à « avant ») sans avoir l’intention de passer à l’acte, ce qui peut les effrayer et renforcer la culpabilité.

On parle de pensées « contre-parentales » lorsqu’une mère se surprend à souhaiter, furtivement, que tout cela n’ait jamais commencé, ou à envier amèrement les personnes sans enfant. Ces pensées ne signifient pas qu’elle veut du mal à son enfant ; elles révèlent plutôt un désespoir face à une situation vécue comme irréversible. Plus elles sont tues et jugées, plus elles tournent en boucle. C’est pourquoi pouvoir les déposer dans un espace sécurisé (thérapie, groupe de parole, ligne d’écoute) constitue souvent un premier soulagement.

Impact sur l’attachement mère-enfant et les interactions précoces

Le regret maternel peut influencer la qualité des premières interactions mère-bébé, sans pour autant condamner la relation. Certaines mères décrivent une difficulté à ressentir spontanément de la joie en présence de leur enfant, une impression de « faire semblant » ou de fonctionner en pilote automatique. D’autres parlent d’un attachement plus lent à se mettre en place, comme si le lien devait se construire à contre-courant d’un immense épuisement intérieur. Cela ne signifie pas qu’elles sont incapables de nourrir, protéger ou rassurer leur enfant, mais que ces gestes s’accompagnent d’un coût psychique élevé.

À l’inverse, il arrive que le regret soit invisible dans la relation quotidienne : l’attachement paraît sécurisé, les soins sont donnés avec attention, et le parent regrettant remplit scrupuleusement son rôle. Le prix se paye alors en interne, sous forme d’anxiété, d’insomnie, de somatisations (douleurs, migraines, troubles digestifs), ou de sentiment de se vider de sa substance. Comme le soulignent plusieurs clinicien·nes, on ne peut pas deviner de l’extérieur qu’une mère regrette sa maternité ; c’est un vécu subjectif, intime, qui ne se traduit pas toujours par une défaillance visible dans le lien.

Culpabilité pathologique versus culpabilité adaptative

La culpabilité est omniprésente dans le regret d’être mère, mais elle n’a pas toujours la même fonction. Une culpabilité adaptative permet de se remettre en question lorsque l’on a blessé son enfant, dépassé ses limites ou crié plus fort qu’on ne l’aurait voulu. Elle peut amener à ajuster ses comportements, à s’excuser, à demander de l’aide. Cette forme de culpabilité, même désagréable, est une boussole morale utile ; elle nous rappelle que nous tenons à la relation.

La culpabilité pathologique, à l’inverse, envahit tout : « je suis une mauvaise mère », « je ne mérite pas mon enfant », « si quelqu’un savait ce que je pense, on me le retirerait ». Elle est souvent disproportionnée par rapport aux faits et s’accompagne de honte, d’auto-dévalorisation et parfois d’idées noires. Quand la culpabilité devient permanente, qu’elle ne laisse plus d’espace au pardon de soi, ni à la nuance, elle nourrit le cercle vicieux du regret maternel chronique. L’enjeu thérapeutique est alors d’apprendre à distinguer ce qui relève d’une faute réelle, réparable, de ce qui relève d’une exigence impossible ou d’un mythe de la mère parfaite.

Tabou sociétal et injonctions contradictoires à la maternité

Mythe de l’instinct maternel et idéalisation de la maternité

Depuis des décennies, la maternité est présentée comme une expérience spontanément épanouissante, guidée par un « instinct maternel » qui viendrait miraculeusement tout résoudre. Or, les recherches en psychologie et en sociologie montrent que cet instinct n’a rien d’universel ni d’automatique : le lien mère-enfant se construit, il ne tombe pas du ciel. En érigeant en norme l’image d’une mère naturellement comblée, patiente, dévouée et toujours disponible, la société rend presque inaudible tout discours qui viendrait nuancer, ou contredire, cette représentation.

Cette idéalisation de la maternité se diffuse partout : publicités, films, réseaux sociaux, récits familiaux. Elle laisse peu de place à la fatigue extrême, au doute, à l’ennui, ou simplement au fait de ne pas trouver de plaisir à certaines tâches parentales. Comment reconnaître en soi un regret maternel quand on vous répète que « les enfants, c’est que du bonheur » ? Beaucoup de femmes finissent par internaliser cette norme au point de se sentir anormales, voire « monstrueuses », dès qu’elles ressentent autre chose que de la gratitude et de la joie.

Pression sociale et stigmatisation des mères regrettantes

Évoquer le regret d’être mère expose à une double peine : souffrir de ce que l’on vit, et être jugée pour oser le dire. Les réactions les plus fréquentes sont la minimisation (« tu es juste fatiguée »), la culpabilisation (« tu savais à quoi t’attendre », « il fallait y penser avant ») ou le pathologiser (« tu dois être dépressive »). Peu de gens sont prêts à entendre sereinement une phrase comme « si c’était à refaire, je n’aurais pas d’enfant », surtout si elle vient d’une femme censée incarner l’abnégation et la douceur maternelle.

Cette stigmatisation pousse nombre de mères regrettantes à garder le silence, parfois toute leur vie, de peur de blesser leur enfant ou de perdre l’estime de leurs proches. Sur les réseaux sociaux et les forums anonymes, on lit pourtant des centaines de témoignages qui se ressemblent, signe que ce vécu est plus courant qu’on ne le croit. En nommant ce tabou, en affirmant qu’on peut regretter sa maternité sans être une « mauvaise mère », on ouvre un espace de légitimité où la parole peut enfin circuler et être accompagnée.

Mouvement childfree et remise en question du désir d’enfant

Parallèlement à la libération de la parole des mères regrettantes, le mouvement childfree (personnes qui choisissent de ne pas avoir d’enfant) participe à questionner la place de la maternité dans la définition du bonheur. De plus en plus de femmes revendiquent le droit de ne pas devenir mères sans être taxées d’égoïsme, d’immaturité ou de « ratage » de leur vie. Ce mouvement ne s’oppose pas aux parents, il rappelle simplement que la parentalité est une option, pas une obligation existentielle.

Pour certaines femmes qui regrettent d’être mères, la découverte de ces discours childfree peut être à la fois douloureuse et libératrice : douloureuse, parce qu’elles prennent conscience qu’un autre chemin était possible ; libératrice, parce qu’elles comprennent qu’elles ne sont pas seules à ne pas trouver leur place dans le modèle maternel dominant. À l’échelle collective, cette remise en question du désir d’enfant ouvre la voie à une réflexion plus honnête : et si l’on apprenait à dire « je ne sais pas » ou « je ne veux pas » avant de céder à la pression d’avoir un bébé ?

Parcours thérapeutiques spécialisés pour mères en souffrance

Psychothérapie cognitivo-comportementale adaptée au regret parental

Lorsque le regret maternel s’installe et altère la qualité de vie, un accompagnement psychothérapeutique peut offrir un espace sécurisé pour déposer ce qui ne peut pas être dit ailleurs. La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) s’intéresse aux pensées automatiques, aux croyances et aux comportements qui entretiennent la souffrance. Dans le contexte du regret parental, elle peut aider à identifier les pensées extrêmes (« je suis une catastrophe », « ma vie est foutue »), à les nuancer, et à développer des stratégies concrètes pour réduire l’angoisse et la rumination.

Une TCC adaptée au regret d’être mère ne cherche pas à faire disparaître le regret à tout prix, mais à diminuer son impact toxique sur le quotidien. On travaille par exemple sur la gestion de la culpabilité, l’équilibre entre les différents rôles (femme, professionnelle, mère), ou encore sur des objectifs réalistes pour retrouver des moments de plaisir, même modestes. Cette approche, structurée et centrée sur le présent, peut convenir à des mères qui ont besoin de repères concrets et d’outils pratiques.

Thérapie EMDR pour traumatismes liés à la maternité

Pour certaines femmes, le regret maternel est intimement lié à des expériences traumatiques : accouchement vécu comme violent, interventions médicales brutales, soins en néonatologie, violence conjugale pendant la grossesse, ou réactivation de traumas d’enfance au moment de devenir mère. Dans ces situations, la thérapie EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) peut être une ressource précieuse. Elle vise à retraiter les souvenirs traumatiques afin qu’ils cessent d’envahir le présent avec la même intensité émotionnelle.

L’EMDR ne « gomme » pas le passé, mais permet de le ranger à sa juste place, un peu comme si l’on remettait un livre traumatisant sur une étagère plutôt que de le relire chaque nuit. En diminuant la charge émotionnelle liée à certains souvenirs (accouchement, hospitalisation, paroles culpabilisantes de soignant·es ou de proches), cette approche peut indirectement alléger le sentiment de regret et redonner de la marge de manœuvre pour investir le lien avec l’enfant selon ses propres termes.

Groupes de parole et associations comme maman blues

Parler avec d’autres mères qui traversent des difficultés similaires est souvent un tournant dans le parcours de celles qui regrettent la maternité. Des associations comme Maman Blues, des groupes de parole en PMI, ou des collectifs en ligne offrent un espace d’échange sécurisé, sans jugement, où le tabou tombe peu à peu. Entendre quelqu’un dire à voix haute « je regrette d’être mère » et constater que cette personne aime pourtant ses enfants, prend soin d’eux, peut avoir l’effet d’un électrochoc apaisant.

Ces groupes ne remplacent pas une psychothérapie individuelle, mais ils la complètent. Ils permettent de rompre l’isolement, de normaliser certains vécus et de partager des stratégies concrètes pour alléger le quotidien. C’est aussi l’occasion de rencontrer des professionnelles sensibilisées aux difficultés périnatales, capables d’orienter vers des ressources locales. Vous hésitez à pousser la porte d’un groupe de parole ? Vous pouvez commencer par lire des témoignages anonymes ou participer à des échanges en ligne avant de franchir, si vous le souhaitez, le pas du présentiel.

Consultation en psychiatrie périnatale et suivi médicamenteux

Dans les cas où le regret maternel s’associe à des symptômes dépressifs marqués, à des idées suicidaires ou à un épuisement extrême, une consultation en psychiatrie périnatale est vivement recommandée. Ces services, présents dans de nombreux hôpitaux, sont spécialisés dans la santé mentale des mères (et parfois des pères) pendant la grossesse et les premières années de vie de l’enfant. Ils évaluent la situation dans sa globalité : histoire personnelle, contexte familial, état psychique, ressources et vulnérabilités.

Un traitement médicamenteux (antidépresseur, anxiolytique) peut être proposé lorsque la souffrance est trop intense pour être contenue par la seule psychothérapie. Évidemment, la prescription se fait en tenant compte de l’allaitement, de la présence d’un désir de grossesse future, et en concertation étroite avec la patiente. Là encore, l’objectif n’est pas de « faire aimer la maternité », mais de réduire la détresse au point de pouvoir réfléchir et agir avec un peu plus de liberté intérieure.

Thérapie familiale systémique et reconstruction du lien

Le regret d’être mère ne se vit pas en vase clos : il s’inscrit dans une dynamique familiale qui concerne aussi le partenaire, les autres enfants, parfois les grands-parents. La thérapie familiale systémique permet d’explorer cette dynamique sans désigner une seule « coupable », mais en regardant comment chacun contribue, parfois malgré lui, à maintenir ou apaiser la souffrance. Elle est particulièrement pertinente lorsque le couple est en tension, que les rôles parentaux sont très déséquilibrés, ou que des loyautés familiales inconscientes pèsent sur la mère.

En séance, il devient possible de dire « je n’y arrive pas », « je me sens seule », « j’ai besoin que tu prennes ta part » devant un tiers formé à contenir les émotions. Cette mise en mots, si elle est bien accompagnée, peut ouvrir la voie à une redistribution plus juste des tâches, à davantage de soutien concret, et à une meilleure compréhension mutuelle. La thérapie familiale ne supprimera pas, à elle seule, le regret maternel, mais elle peut éviter qu’il ne se transforme en guerre silencieuse au sein du foyer.

Ressources et dispositifs d’accompagnement en france

Numéro vert allô parents en crise et plateformes d’écoute

En France, plusieurs dispositifs d’écoute anonymes et gratuits s’adressent aux parents en souffrance, y compris à celles qui regrettent leur maternité. Le numéro vert Allô Parents en Crise permet, par exemple, de parler à des écoutant·es formés aux difficultés parentales, sans jugement et sans obligation de s’identifier. D’autres lignes d’écoute, comme celles d’associations spécialisées dans la périnatalité ou la prévention du suicide, peuvent également offrir un premier espace de décharge émotionnelle.

Les plateformes d’écoute en ligne (chats anonymes, forums modérés, groupes Facebook dédiés au regret maternel ou au mal-être post-partum) jouent aussi un rôle important. Elles permettent de franchir un premier pas sans avoir à prendre rendez-vous ni à se déplacer. Bien sûr, ces espaces virtuels ne se valent pas tous ; mieux vaut privilégier les structures reconnues et les associations ayant une charte éthique, afin de limiter les risques de jugement ou de discours culpabilisants.

Réseaux de périnatalité et unités mère-bébé hospitalières

Les réseaux de périnatalité coordonnent, à l’échelle régionale, différents professionnels de santé (sages-femmes, psychiatres, psychologues, pédiatres, travailleurs sociaux) pour mieux repérer et accompagner les souffrances liées à la grossesse et à la période postnatale. Ils peuvent orienter vers des consultations spécialisées, des groupes de soutien, ou des structures adaptées lorsqu’une hospitalisation s’avère nécessaire. Les unités mère-bébé, par exemple, accueillent des dyades mère-enfant lorsque l’état psychique de la mère nécessite un suivi intensif sans séparation d’avec le bébé.

Ces unités proposent un accompagnement pluridisciplinaire : suivi psychiatrique, ateliers parents-bébé, soutien à la parentalité, travail sur l’attachement, etc. Même si toutes les régions n’en disposent pas, elles illustrent une avancée majeure : la reconnaissance que la santé mentale des mères mérite une prise en charge spécifique, et que l’on peut traverser une crise sévère sans être réduite à son diagnostic ni à ses regrets.

Consultation PMI et soutien des services sociaux départementaux

Les centres de Protection maternelle et infantile (PMI) sont souvent une porte d’entrée accessible pour les jeunes mères en difficulté. On peut y rencontrer des sages-femmes, des médecins, des psychologues et des puéricultrices, généralement gratuitement. Même si tous les professionnels ne sont pas formés au regret maternel en tant que tel, beaucoup sont sensibilisés au mal-être post-partum et peuvent repérer les situations qui nécessitent un relais plus spécialisé. N’hésitez pas à demander expressément un temps d’échange sur votre ressenti, au-delà des seules questions médicales.

Les services sociaux départementaux, de leur côté, peuvent intervenir lorsque la situation de la famille est fragilisée par la précarité, l’isolement ou des conflits graves. Contrairement à une idée reçue, leur rôle n’est pas uniquement de « retirer » les enfants, mais aussi de proposer des aides concrètes (aide à domicile, médiation familiale, accompagnement éducatif, soutien budgétaire). Dans certaines situations, un soutien matériel et logistique peut alléger suffisamment la charge pour que le regret maternel perde de son acuité.

Stratégies de régulation émotionnelle et reconstruction identitaire

Techniques de pleine conscience et acceptation du vécu maternel

Face à un regret qui ne peut pas être « effacé », l’enjeu n’est pas tant de le nier que de l’apprivoiser. Les approches de pleine conscience (mindfulness) et d’acceptation peuvent aider à se défaire, peu à peu, de la lutte intérieure permanente. Il ne s’agit pas d’applaudir ce qui fait souffrir, mais de reconnaître : « voilà ce que je ressens aujourd’hui », sans rajouter une couche de jugement moral. Comme pour une vague qui monte et redescend, apprendre à observer ses émotions plutôt qu’à s’y noyer peut réduire l’intensité des crises.

Des exercices simples (ancrage dans la respiration, scan corporel, méditations guidées de quelques minutes) peuvent être intégrés dans un quotidien chargé. Ils offrent de micro-espaces de pause où vous vous autorisez à exister autrement que comme mère. Avec le temps, cette attitude d’acceptation peut faire place à davantage de nuances : peut-être que certains aspects de la maternité resteront insupportables, mais d’autres deviendront supportables, voire ponctuellement satisfaisants. L’important est de se donner le droit de ne pas correspondre au modèle dominant, tout en restant une mère suffisamment bonne pour son enfant.

Réappropriation de l’identité personnelle au-delà du rôle maternel

L’une des plaintes les plus fréquentes chez les mères regrettantes est la sensation d’avoir disparu derrière le rôle maternel. Retrouver une identité personnelle, au-delà de « maman de », est donc central pour se reconstruire. Cela peut passer par la reprise d’une activité professionnelle, d’études, d’un engagement associatif, mais aussi de loisirs apparemment anodins : sport, lecture, création artistique, sorties entre ami·es. Ce ne sont pas des caprices, mais des besoins vitaux d’individuation.

On peut comparer cela à la remise en route d’un moteur longtemps resté à l’arrêt : il grince au début, demande de l’entretien, mais finit par retrouver de la puissance. Se réserver, autant que possible, des plages de temps non négociables pour soi, négocier un partage plus équitable des tâches avec le partenaire, accepter de confier l’enfant à d’autres adultes de confiance : autant de pas concrets vers une vie qui ne se réduit plus à la maternité. Plus votre identité se rediversifie, moins le regret occupe tout l’espace psychique.

Communication authentique avec le partenaire et l’entourage

Peut-on parler de son regret d’être mère à son partenaire, à ses proches, sans exploser la famille ? La question est délicate, et la réponse dépend de chaque contexte. Ce qui est certain, c’est que garder tout pour soi, indéfiniment, a un coût élevé : tensions somatisées, irritabilité, distance affective. Trouver des mots pour exprimer au moins une partie de ce que vous vivez (« je me sens écrasée », « j’ai besoin de plus de soutien », « je ne me reconnais plus ») constitue souvent un premier pas vers un ajustement collectif. Il n’est pas nécessaire de prononcer d’emblée les mots « regret maternel » si cela vous semble trop violent.

Une communication authentique ne signifie pas tout dire, à tout le monde, tout le temps. Elle suppose plutôt de choisir des interlocuteurs capables d’entendre sans juger : un·e ami·e, un membre de la famille, un·e professionnel·le, parfois le partenaire, parfois non. Se faire accompagner en thérapie de couple ou en médiation familiale peut faciliter ces échanges lorsque la tension est déjà très forte. Peu à peu, en osant dire « je ne suis pas la mère que j’avais imaginé être, mais je cherche comment faire au mieux avec ce que je suis », vous vous offrez la possibilité d’une maternité moins idéale, mais plus vraie, et donc plus vivable.

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